À N’Djamena, décrocher un diplôme ne garantit plus l’accès à un emploi. Chaque année, de nombreux jeunes sortent des universités et instituts supérieurs avec l’espoir d’intégrer le marché du travail. Mais une fois le diplôme en poche, commence souvent une autre épreuve : celle de la recherche d’emploi.
Dans la capitale tchadienne, les offres d’emploi correspondant aux profils des jeunes diplômés restent limitées. Face à cette situation, certains passent des mois, voire plusieurs années, à envoyer des dossiers de candidature sans obtenir de réponse. « J’ai envoyé mon CV dans plusieurs entreprises et organisations, mais jusqu’à présent je n’ai pas trouvé de travail », témoigne un jeune diplômé rencontré à N’Djamena.
Pour beaucoup, la recherche d’emploi devient une activité à plein temps. Les annonces sont consultées quotidiennement sur les réseaux sociaux et les plateformes spécialisées. CV et lettres de motivation sont régulièrement actualisés, tandis que les candidatures sont déposées auprès des entreprises, ONG, administrations et projets de développement. Pourtant, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes.
À cette difficulté s’ajoute l’expérience professionnelle, souvent exigée par les recruteurs. Le paradoxe est difficile à surmonter pour les jeunes fraîchement diplômés : comment acquérir de l’expérience lorsqu’il faut déjà en posséder pour décrocher un premier emploi ? Certains acceptent alors des stages non rémunérés, des contrats temporaires ou des activités éloignées de leur formation initiale afin de rester actifs.
Le chômage des diplômés ne signifie toutefois pas l’absence d’activité. À N’Djamena, de nombreux jeunes se tournent vers le commerce, les services, l’enseignement à domicile, la communication, le numérique ou d’autres activités informelles. Pour certains, il s’agit d’une solution temporaire en attendant de trouver un emploi correspondant à leur qualification. Pour d’autres, cette reconversion devient progressivement une nouvelle orientation professionnelle.
« Je préfère travailler dans un domaine qui n’est pas directement lié à ma formation plutôt que de rester sans rien faire », explique un autre jeune. Une situation qui illustre le décalage entre les formations reçues et les opportunités disponibles sur le marché du travail.
Au-delà des difficultés individuelles, cette situation pose la question de l’adéquation entre les formations universitaires et les besoins réels du marché. Certaines filières produisent chaque année un nombre important de diplômés alors que les débouchés professionnels restent limités. Les employeurs, de leur côté, recherchent souvent des candidats disposant non seulement d’un diplôme, mais aussi de compétences pratiques, d’une expérience professionnelle et parfois de compétences numériques ou linguistiques.
Face à ces défis, l’entrepreneuriat apparaît également comme une alternative. De jeunes diplômés tentent de créer leur propre activité dans le commerce, l’agriculture, les services ou le numérique. Mais là encore, l’accès au financement, l’accompagnement technique et la stabilité du marché constituent des obstacles importants.
Pour les familles, le chômage prolongé d’un diplômé peut également devenir une source de pression. Après plusieurs années consacrées aux études, les attentes sont souvent fortes. Le jeune est parfois appelé à contribuer aux dépenses familiales, alors même qu’il ne dispose pas de revenus réguliers.
Cette situation peut aussi peser sur les projets personnels des jeunes, notamment l’accès à l’autonomie financière, au logement ou au mariage. Le diplôme, censé ouvrir la voie à une certaine stabilité, devient alors le début d’une longue période d’attente.
Pour améliorer l’insertion professionnelle des jeunes diplômés, plusieurs pistes sont régulièrement évoquées : renforcer les formations pratiques, développer les stages professionnels, rapprocher les établissements d’enseignement des entreprises et favoriser l’entrepreneuriat des jeunes. L’acquisition de compétences numériques, techniques et professionnelles pourrait également permettre aux diplômés de mieux répondre aux besoins des employeurs.
À N’Djamena, le défi n’est donc plus seulement de former des diplômés, mais de créer les conditions permettant à ces compétences de trouver leur place dans l’économie. Entre candidatures répétées, stages, petits métiers et projets entrepreneuriaux, une génération de jeunes tente de transformer ses années d’études en véritable opportunité professionnelle. Un parcours souvent long, incertain, mais que beaucoup poursuivent avec l’espoir de décrocher enfin le premier emploi.





