À l’occasion de la nouvelle rencontre entre Emmanuel Macron et le président tchadien Mahamat Idriss Déby à l’Élysée, le 13 octobre 2026, Les Écologistes français dénoncent la politique du pouvoir de N’Djamena et appellent Paris à conditionner son partenariat à des avancées démocratiques et au respect des droits humains.
La nouvelle visite du président tchadien Mahamat Idriss Déby à l’Élysée suscite des critiques au sein de la classe politique française. Dans une déclaration publiée le 13 octobre 2026, Aminata Niakaté, porte-parole du mouvement Les Écologistes, au sein des commissions Transnationale et Défense, dénonce le rapprochement diplomatique entre Paris et N’Djamena, qu’elle juge incompatible avec les préoccupations liées aux droits humains et à la stabilité régionale.
Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par la réorganisation des relations entre les deux pays, après la rupture de leur coopération militaire et le retrait des dernières troupes françaises du Tchad au début de l’année 2025. En janvier 2026, Emmanuel Macron avait déjà reçu Mahamat Idriss Déby à Paris, avec l’annonce d’un « partenariat revitalisé », notamment dans le domaine économique.
Les droits humains au cœur des critiques
Les Écologistes reprochent aux autorités tchadiennes la répression de l’opposition et les restrictions imposées à la vie politique. Le mouvement rappelle notamment la mort de Yaya Dillo, président du Parti socialiste sans frontières (PSF), tué en février 2024 lors d’un assaut des forces de sécurité contre le siège de son parti.
La déclaration évoque également la détention de Robert Gam pendant huit mois sans inculpation, ainsi que la condamnation, en août 2025, de Succès Masra, ancien Premier ministre et dirigeant du parti Les Transformateurs, à vingt ans de prison. Bien que gracié en août 2026, ce dernier resterait, selon le communiqué, sous le coup de sa condamnation et privé de ses droits électoraux.
Le mouvement écologiste dénonce par ailleurs la dissolution du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) en 2026 et les condamnations de huit de ses responsables à huit ans de prison, suivies de leur grâce présidentielle. Pour Les Écologistes, ces événements illustrent les difficultés persistantes du pluralisme politique au Tchad.
Des soupçons de transferts d’armes vers le Soudan
Au-delà de la situation intérieure, la formation politique française s’inquiète du rôle présumé du territoire tchadien dans l’acheminement d’armes vers les Forces de soutien rapide (FSR), impliquées dans le conflit soudanais.
La déclaration fait référence aux conclusions du groupe d’experts des Nations unies sur le Soudan, publiées en janvier 2024, qui jugeaient crédibles les accusations de livraisons d’armes émiraties aux FSR via le Tchad. Elle cite également des enquêtes d’Amnesty International et de Human Rights Watch concernant l’aéroport d’Amdjarass, présenté comme une voie présumée de transit d’armements.
Les Écologistes demandent ainsi à la France de prendre au sérieux ces allégations et de veiller à l’application effective de l’embargo international sur les armes au Darfour. Ils souhaitent notamment que Paris s’assure que du matériel militaire français fourni aux Émirats arabes unis ne contribue pas à alimenter le conflit soudanais.
Pauvreté, corruption et traite des êtres humains dénoncées
La déclaration met également en avant les difficultés socio-économiques auxquelles demeure confrontée une partie importante de la population tchadienne, notamment en matière d’accès aux services essentiels.
Aminata Niakaté dénonce les soupçons de corruption liés à la gestion des ressources pétrolières et affirme que les richesses du pays profiteraient principalement au cercle dirigeant. Elle évoque aussi des soupçons de complicité des autorités dans des réseaux de traite des êtres humains, notamment des enfants, exposés au travail forcé dans les mines d’or, l’agriculture, l’élevage ou la mendicité.
Le texte mentionne enfin le remplacement, en août 2026, d’inspecteurs ayant dénoncé des faits présumés de corruption. Ces accusations sont présentées par Les Écologistes comme des motifs supplémentaires de remettre en question la nature du partenariat franco-tchadien.
Paris appelé à exiger des garanties politiques
Face à ces préoccupations, Les Écologistes appellent Emmanuel Macron à revoir son approche diplomatique à l’égard de N’Djamena. Le mouvement demande notamment l’amnistie des prisonniers politiques, en citant le cas de Succès Masra, ainsi que l’organisation de nouvelles élections libres, transparentes et pluralistes, sous observation internationale indépendante.
Sur le plan régional, il réclame la fin de tout transit d’armes destiné aux Forces de soutien rapide, accusées d’avoir commis de graves exactions contre les populations civiles soudanaises.
« Les Écologistes refusent que la France continue de cautionner un régime qui participe de l’insécurité régionale », affirme le mouvement dans sa déclaration.
Cette prise de position remet ainsi au centre du débat les conditions politiques et les exigences en matière de droits humains qui devraient, selon Les Écologistes, encadrer les relations entre Paris et N’Djamena, alors que les deux capitales cherchent à redéfinir leur coopération après le départ des forces françaises du Tchad.





