Au Tchad, la tension politique franchit un nouveau palier. Dans un communiqué rendu public ce 2 mai 2026, l’opposition démocratique monte au créneau pour dénoncer ce qu’elle qualifie de « net recul démocratique » et une « détérioration continue des libertés publiques ».
Signé par plusieurs présidents et secrétaires généraux de partis politiques, le document dresse un tableau sombre de la situation politique nationale. Au cœur des griefs, l’interdiction d’une manifestation pacifique prévue le même jour à l’initiative du Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP). L’opposition y voit une atteinte directe à la liberté de réunion, pourtant garantie par la Constitution.
Plus grave encore, les signataires accusent le pouvoir d’« instrumentalisation de la justice » dans le but de dissoudre le GCAP, dénonçant un traitement différencié par rapport à d’autres regroupements politiques jugés proches du pouvoir. Ils évoquent également une série d’arrestations qu’ils qualifient d’« arbitraires », visant notamment des leaders politiques, dans un climat de répression croissante.
Le communiqué revient aussi sur les violences survenues le 29 avril 2026 aux abords du siège du parti Les Transformateurs. Selon les informations rapportées, ces incidents auraient causé des blessés et au moins une perte en vie humaine, aggravant un contexte déjà tendu.
Pour l’opposition, ces faits s’inscrivent dans une logique de « verrouillage de l’espace civique », en contradiction avec l’article 28 de la Constitution qui consacre les libertés d’opinion, d’expression, de presse et de manifestation. Elle interpelle directement le président de la République, en sa qualité de garant de la Constitution, l’appelant à mettre un terme à ce qu’elle décrit comme une « marche vers un parti-État ».
Dans ses revendications, l’opposition exige la libération immédiate et sans condition des responsables du GCAP ainsi que de tous les prisonniers politiques. Elle appelle également à la levée des restrictions pesant sur les libertés publiques, condition qu’elle juge essentielle pour un retour à un climat politique apaisé.
Ce cri d’alarme intervient dans un contexte sécuritaire préoccupant, marqué par des affrontements communautaires meurtriers dans les régions du Dar Tama et du Guéra. L’opposition exprime ses condoléances aux familles des victimes et réclame l’ouverture d’une enquête indépendante afin de faire la lumière sur ces violences.
Enfin, les partis signataires préviennent qu’ils « se réservent le droit de tirer toutes les conséquences politiques appropriées » face à ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire.
Ce communiqué, au ton ferme et accusateur, témoigne d’une fracture politique de plus en plus visible, alors que le pays semble engagé dans une phase de crispation où les équilibres démocratiques sont ouvertement questionnés.



