Le Collectif des cadres du département de la Dodjé résidant à Moundou tire la sonnette d’alarme sur la situation sécuritaire et humanitaire dans plusieurs localités du département. Dans un point de presse daté du 18 août 2026, le collectif appelle les autorités à prendre des mesures urgentes pour protéger les populations rurales confrontées, selon lui, à une succession d’attaques, de destructions de biens et de déplacements forcés.
S’appuyant sur les conclusions d’une mission conjointe menée avec le Conseil provincial du Logone Occidental, la Délégation provinciale de l’Action sociale, le sous-préfet de Laokassy, les forces de l’ordre et des chefs de villages sinistrés, le collectif fait état d’un lourd bilan entre mai et août 2026. Il évoque notamment six personnes tuées à Doguigui Mékab, Doguigui Birim et Bardobadjé, 472 maisons incendiées, ainsi que la destruction de plusieurs hangars, boutiques, moulins et motos. À cela s’ajoutent, selon le document, 4 187 hectares de champs ravagés et des pertes de bétail et de volailles.
Le déplacement de populations constitue également l’une des principales préoccupations soulevées. Le collectif affirme que 1 855 personnes ont fui leurs villages pour rejoindre Dafra, dans la province du Tandjilé, le 8 juillet 2026. Parmi elles figureraient 1 188 enfants, 30 femmes enceintes, 59 personnes handicapées et 17 personnes âgées. Le groupe dénonce l’absence d’une assistance suffisante pour ces personnes vulnérables et appelle à une réponse humanitaire immédiate.
Le collectif revient également sur l’assassinat, le 15 août dernier à Bardobadjé, de Mbainaissem Djégangbé Jérémie, présenté comme un éleveur dont le troupeau aurait été emporté par ses assaillants. Ces faits, ajoutés à ceux rapportés dans les mois précédents, nourrissent les inquiétudes des cadres sur la capacité des autorités locales à garantir la sécurité des populations et de leurs biens.
Dans leur déclaration, les signataires contestent par ailleurs la qualification de ces violences comme un simple conflit entre agriculteurs et éleveurs. Ils estiment que la situation nécessite une réponse sécuritaire et judiciaire plus ferme. Ils critiquent notamment les engagements pris en juin dernier autour de l’objectif de « zéro affrontement, zéro perte en vies humaines, zéro destruction de cultures », estimant que la persistance des violences démontre les limites des mesures annoncées.
Le collectif met aussi en cause la réaction des autorités locales, dénonçant ce qu’il considère comme un manque de présence sur le terrain. Il demande notamment une réévaluation de la gestion administrative du département et réclame le remplacement de plusieurs responsables locaux, ainsi que le déploiement effectif des Forces de défense et de sécurité dans les zones affectées.
Parmi ses principales revendications figurent également le désarmement des individus circulant avec des armes, le retrait des troupeaux arrivés récemment en dehors des couloirs légaux de transhumance, l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur les assassinats et les destructions signalés, ainsi que la reconstruction des infrastructures sécuritaires endommagées.
Sur le plan humanitaire, les cadres demandent l’organisation du retour sécurisé des personnes déplacées de Dafra, accompagnée d’un dispositif d’urgence comprenant notamment des abris, des vivres, des soins de santé et de l’eau potable. Ils plaident également pour la gratuité de la scolarité des enfants sinistrés durant l’année scolaire 2026-2027.
Enfin, le Collectif des cadres de la Dodjé sollicite une mission d’inspection administrative et une mission d’information parlementaire sur la situation. Il affirme ne réclamer aucun traitement de faveur, mais exige le rétablissement de la sécurité et de l’autorité de l’État afin de permettre aux populations de retourner dans leurs villages, cultiver leurs terres et vivre en sécurité. Les accusations et chiffres avancés dans le communiqué restent ceux du collectif et appellent, le cas échéant, à être corroborés par les autorités compétentes et des sources indépendantes.





