Le premier semestre de l’année 2026 est marqué par une recrudescence des préoccupations concernant le respect de la liberté de religion à travers le monde. Trois affaires distinctes, survenues en Corée du Sud, au Nicaragua et au Japon, alimentent un débat international sur la capacité des États à intervenir dans les affaires religieuses. Des gouvernements, des experts des Nations Unies, des organisations de défense des droits humains et des universitaires dénoncent des mesures qu’ils estiment incompatibles avec les engagements internationaux en matière de droits fondamentaux.
Au cœur des critiques figure le respect des dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui protège la liberté de pensée, de conscience et de religion, garantit les droits politiques des citoyens et rappelle que la détention provisoire doit demeurer une mesure exceptionnelle. Les Règles Mandela et les Règles de Tokyo des Nations Unies insistent également sur la protection de la dignité des personnes détenues et sur le recours limité à la privation de liberté avant jugement, en particulier pour les personnes vulnérables.
En Corée du Sud, le placement en détention provisoire de Lee Man-hee, président de 95 ans de l’Église Shincheonji de Jésus, a suscité une vive polémique. Poursuivi notamment pour une présumée violation de la loi sur les partis politiques, il est accusé d’avoir encouragé des fidèles à adhérer à certaines formations politiques. Son Église rejette ces accusations, affirmant que ses membres n’ont fait qu’exercer leurs droits civiques et souligne avoir pleinement coopéré avec les autorités. Plusieurs experts, dont le chercheur Massimo Introvigne lors de la conférence de l’Académie européenne des religions à Rome, estiment qu’une telle détention est difficilement compatible avec les standards internationaux applicables aux personnes très âgées.
L’affaire sud-coréenne fait également écho à une déclaration présentée devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies par plusieurs organisations de défense des droits humains. Celles-ci dénoncent notamment la stigmatisation publique de cette communauté religieuse et rappellent que la présomption d’innocence constitue un principe fondamental du droit international.
Au Nicaragua, l’arrestation de Juan Abelardo Mata Guevara, évêque émérite de 80 ans souffrant de graves problèmes de santé, a également provoqué de nombreuses réactions. Figure critique du gouvernement, il aurait été interpellé avant d’être transféré dans une prison de haute sécurité. Les États-Unis ont dénoncé une détention arbitraire et réclamé sa libération immédiate, tandis que plusieurs organisations internationales ont appelé les autorités à mettre fin aux pressions exercées contre les responsables religieux. Bien que le gouvernement ait affirmé que l’évêque avait ensuite regagné son domicile, aucune confirmation indépendante n’a pu être obtenue au moment des faits rapportés.
Selon l’organisation Christian Solidarity Worldwide, le Nicaragua aurait enregistré plus de 300 atteintes à la liberté de religion en 2025, un contexte qui nourrit les inquiétudes quant à la protection des communautés religieuses dans le pays.
Au Japon, c’est la dissolution de la Fédération des familles pour la paix mondiale et l’unification, anciennement connue sous le nom d’Église de l’Unification, qui continue d’alimenter les débats. Après une décision du tribunal de Tokyo en 2025, confirmée définitivement par la Cour suprême en juin 2026, l’organisation perd sa personnalité juridique ainsi que ses avantages fiscaux. Avant cette confirmation, quatre rapporteurs spéciaux des Nations Unies avaient mis en garde contre une interprétation trop large de la notion de « bien-être public », susceptible de restreindre la liberté religieuse au-delà des limites prévues par le droit international.
Pour de nombreux observateurs, ces trois dossiers présentent un dénominateur commun : l’utilisation des prérogatives les plus coercitives de l’État détention ou dissolution d’organisation dans des affaires qui ne sont pas liées à des actes de violence. Les organisations internationales de défense des droits humains appellent ainsi les gouvernements à respecter strictement les principes de proportionnalité, la présomption d’innocence et les garanties d’une procédure régulière, tout en évitant toute stigmatisation des minorités religieuses.
Au-delà des spécificités nationales, ces affaires relancent une interrogation de portée universelle : jusqu’où un État peut-il intervenir dans les affaires religieuses sans porter atteinte aux libertés fondamentales ? Pour de nombreux défenseurs des droits humains, la protection de la liberté de religion demeure un indicateur essentiel du respect de l’État de droit, qu’il s’agisse de démocraties ou de régimes plus autoritaires.




