Société : Formation professionnelle : pourquoi les jeunes du Tchad s’y intéressent-ils encore peu ?

À l’heure où l’insertion professionnelle représente un défi majeur pour de nombreux jeunes, la formation professionnelle apparaît comme l’une des voies susceptibles de faciliter l’accès à l’emploi. Pourtant, à N’Djamena comme dans d’autres villes du Tchad, cette orientation reste encore relativement peu privilégiée par une partie des jeunes.

Après le baccalauréat, l’université demeure souvent le choix considéré comme le plus valorisant. Pour beaucoup de familles, poursuivre des études supérieures est associé à la réussite sociale et à l’obtention d’un emploi qualifié. Les filières professionnelles et techniques sont parfois perçues comme une solution destinée à ceux qui n’ont pas réussi dans l’enseignement général.

« Après le bac, mes parents voulaient que j’aille à l’université. Pour eux, une formation professionnelle ne représentait pas vraiment une réussite », explique un jeune rencontré à N’Djamena.

Cette perception contribue à éloigner certains jeunes des métiers techniques et manuels. Pourtant, les besoins existent dans plusieurs secteurs : électricité, mécanique, plomberie, construction, agriculture, élevage, froid et climatisation, informatique, maintenance, couture, restauration ou encore transformation agroalimentaire.

Le manque d’information constitue également un obstacle. Certains jeunes connaissent peu les établissements de formation professionnelle, les filières disponibles, les conditions d’admission ou les débouchés après la formation. L’orientation scolaire reste souvent davantage centrée sur les filières générales que sur les compétences directement recherchées par les entreprises.

À cela s’ajoute la question de la qualité et des moyens disponibles. Dans certains établissements, les jeunes peuvent être confrontés à un manque d’équipements, d’ateliers ou de matériel permettant de pratiquer dans des conditions proches de celles du monde professionnel. Or, une formation technique nécessite généralement une importante part de pratique.

Le coût peut également peser dans la décision. Pour une famille disposant de revenus limités, payer les frais de formation, le transport, les équipements ou les outils nécessaires peut représenter un investissement difficile à supporter.

Mais la principale interrogation demeure celle de l’emploi à la sortie. Un jeune peut légitimement se demander : « Après ma formation, trouverai-je réellement du travail ? »

Cette question est d’autant plus importante que la formation professionnelle ne garantit pas automatiquement un emploi. Lorsqu’il existe peu de mécanismes de mise en relation entre centres de formation, entreprises et jeunes diplômés, certains peuvent terminer leur apprentissage sans véritable accompagnement vers l’insertion.

Pourtant, plusieurs jeunes qui ont choisi cette voie découvrent qu’elle peut constituer une véritable opportunité. Avec une compétence pratique maîtrisée, certains peuvent travailler pour une entreprise, proposer leurs services directement aux clients ou créer leur propre activité.

La formation professionnelle peut ainsi offrir une autre manière d’accéder à l’autonomie économique. Dans un contexte où le marché de l’emploi salarié ne peut absorber tous les diplômés de l’enseignement supérieur, développer des compétences techniques peut permettre aux jeunes de diversifier leurs possibilités.

L’enjeu est donc aussi culturel. Il s’agit de changer progressivement l’image des métiers techniques et professionnels. Être mécanicien, électricien, plombier, soudeur, agriculteur spécialisé ou technicien en informatique ne devrait pas être considéré comme un choix par défaut, mais comme une véritable profession nécessitant des compétences et pouvant générer des revenus.

Les entreprises ont également un rôle à jouer. Le développement de l’apprentissage, des stages pratiques et des partenariats avec les centres de formation pourrait permettre aux jeunes de mieux comprendre les réalités du marché et d’acquérir une première expérience professionnelle.

Enfin, l’orientation doit commencer suffisamment tôt. Informer les élèves sur les différents métiers, leurs conditions d’accès, leurs perspectives et les compétences recherchées pourrait les aider à faire des choix davantage fondés sur leurs aptitudes et les opportunités disponibles.

À N’Djamena, le défi n’est donc pas seulement de convaincre les jeunes de choisir la formation professionnelle. Il est aussi de faire en sorte que cette voie soit suffisamment attractive, accessible, pratique et connectée aux besoins de l’économie.

Car derrière chaque atelier, chaque centre de formation et chaque métier technique se trouve une possibilité : celle de transformer une compétence en emploi, puis un emploi en autonomie.

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