Dans son rapport 2026, le département d’État américain dénonce l’absence d’enquêtes et de condamnations signalées, la faiblesse de la protection des victimes et des soupçons de complicité de responsables publics.
Le Tchad reste au Niveau 3, la catégorie la plus défavorable du classement américain sur la traite des êtres humains. Dans un rapport publié le 9 octobre 2026, le département d’État des États-Unis estime que le pays ne déploie pas d’efforts significatifs pour éliminer ce phénomène, malgré quelques avancées institutionnelles.
Aucune enquête ni condamnation signaléeSelon le rapport, les autorités tchadiennes n’ont signalé, durant la période évaluée, aucune enquête, aucune poursuite ni aucune condamnation liée à la traite des personnes. Elles n’ont identifié aucune victime, contre une lors de la période précédente.
Pourtant, la loi tchadienne de 2018 prévoit des peines de quatre à trente ans d’emprisonnement pour les auteurs de traite. Le document pointe notamment le manque de formation des forces de l’ordre et des magistrats, l’insuffisance des moyens judiciaires et les retards dans le traitement des affaires en province.
Le rapport fait également état d’allégations de complicité de certains responsables publics, notamment dans l’exploitation de bergers et l’entrave à des enquêtes. Aucune enquête ni poursuite contre des agents de l’État soupçonnés de complicité n’aurait été signalée.
Enfants, femmes et migrants en première ligne
Le document décrit plusieurs formes d’exploitation au Tchad : travail forcé des enfants dans les ménages, les élevages, les exploitations agricoles et les mines d’or, mendicité forcée et exploitation liée aux mariages précoces.
Les migrants et les réfugiés figurent également parmi les populations les plus exposées, notamment les réfugiés soudanais, les femmes et les filles, ainsi que les personnes migrant vers la Libye. Les plateformes en ligne seraient aussi utilisées par des trafiquants pour recruter et exploiter leurs victimes.
Sur le plan de la protection, le Tchad dispose de neuf centres de transit, dont quatre à N’Djaména et cinq en province. Mais le manque de ressources et de formation limite leur efficacité. Les ONG et les organisations internationales assurent ainsi une grande partie de l’assistance aux victimes potentielles.
Un plan d’action sans financement
Le rapport reconnaît certaines avancées, dont la création officielle, en juillet 2025, de la Commission nationale de lutte contre la traite des personnes et l’adoption d’un plan d’action couvrant la période 2025-2027.
Toutefois, aucune ressource n’aurait été consacrée à la mise en œuvre de ce plan. Les formations prévues pour les policiers, les autorités locales et les chefs traditionnels n’ont pas été organisées faute de financement.
Le maintien au Niveau 3 souligne ainsi le décalage entre les dispositifs annoncés et les résultats obtenus sur le terrain. Pour améliorer la situation, le rapport met en évidence la nécessité de renforcer les enquêtes, de poursuivre les auteurs présumés, de protéger les victimes et de doter les mécanismes nationaux de moyens suffisants.

Source : Département d’État des États-Unis, Rapport 2026 sur la traite des êtres humains – Tchad, publié le 9 octobre 2026.



