Affaire AILC-ANSE-SHT : la lutte contre la corruption face à l’épreuve de l’État de droit

Lutte contre la corruption au Tchad : l’affaire AILC-ANSE à la SHT, un test grandeur nature pour l’État de droit

Par Constant DANIMBE

L’affaire opposant, autour d’une mission de contrôle à la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) et l’Agence nationale de sécurité de l’État (ANSE) soulève une question centrale : jusqu’où les institutions tchadiennes sont-elles prêtes à aller lorsqu’une opération de contrôle touche à des secteurs stratégiques et à des intérêts sensibles ?

Dans un communiqué publié le 12 août 2026, l’AILC affirme que plusieurs de ses agents, en mission de contrôle à la SHT, ont été interpellés par des agents de l’ANSE. L’institution dit également que ses collaborateurs auraient été menottés, encagoulés et retenus pendant plusieurs heures, tandis que leurs téléphones et ordinateurs auraient été confisqués. L’AILC affirme avoir saisi le président de la République et annonce son intention de poursuivre sa mission de contrôle. Ces éléments constituent, à ce stade, la version de l’AILC et appellent les éventuelles explications des autres parties concernées.

C’est dans ce contexte que l’avocat Me Laguerre Djerandi pose un regard critique sur la lutte contre la corruption au Tchad. Pour lui, l’épisode de la SHT dépasse le simple cadre d’un incident entre administrations. Il constitue, selon son analyse, un véritable « test de gouvernance » et de crédibilité pour les institutions chargées de lutter contre les pratiques corruptives.

Entre discours et réalité

Pour Me Laguerre Djerandi, la lutte contre la corruption ne peut être évaluée uniquement à travers la création d’institutions, l’adoption de textes juridiques ou les déclarations officielles. Elle se mesure surtout lorsque les organes de contrôle s’intéressent à des dossiers sensibles, à des intérêts économiques importants ou à la gestion de ressources stratégiques.

Cette interrogation prend une dimension particulière dans le cas de la SHT, acteur central du secteur pétrolier tchadien. Les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives montrent d’ailleurs l’importance des flux financiers liés aux activités pétrolières et le rôle de la SHT dans leur gestion.

« Que vaudra l’AILC si elle n’est indépendante que pour enquêter sur les faibles ? », s’interroge en substance l’avocat. À ses yeux, une politique anticorruption crédible doit s’appliquer sans distinction de statut, de fonction ou d’influence. L’indépendance d’une institution de contrôle ne prendrait donc tout son sens que lorsqu’elle lui permet d’exercer ses missions même face à des dossiers susceptibles de mettre en cause des intérêts puissants.

Le problème de l’indépendance institutionnelle

Le débat posé par cette affaire concerne également les rapports entre les institutions de l’État. Dans son analyse, Me Djerandi estime qu’il serait contradictoire de proclamer la lutte contre la corruption tout en laissant planer le soupçon d’une intimidation des structures chargées de la mettre en œuvre.

Le principe de bonne gouvernance suppose en effet que les institutions exercent leurs compétences dans le respect des lois, mais aussi que les éventuels abus ou dépassements soient examinés par les mécanismes prévus à cet effet. Dans un document transmis aux Nations unies, le Tchad rappelle lui-même que la Constitution impose aux pouvoirs publics de promouvoir la bonne gouvernance et de réprimer les détournements, la corruption et les infractions assimilées.

L’AILC a été créée précisément dans cette logique. Son existence vise à assurer, selon les textes qui l’instituent, une mission indépendante et impartiale de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées.

Dès lors, l’enjeu de l’affaire SHT ne serait pas uniquement de déterminer ce qui s’est réellement passé lors de l’intervention dénoncée par l’AILC. Il s’agit également de savoir comment l’État entend garantir la coexistence et la complémentarité de ses différentes institutions.

Établir les responsabilités, sans procès médiatique

Pour autant, une exigence de rigueur s’impose. La lutte contre la corruption et la défense de l’État de droit ne peuvent pas reposer sur des accusations non vérifiées ou sur les seules versions diffusées sur les réseaux sociaux.

L’AILC a exposé sa version des faits et saisi les autorités compétentes. Les responsabilités doivent désormais être établies sur la base d’éléments vérifiables, contradictoires et, le cas échéant, judiciairement examinés. L’ANSE et la SHT doivent pouvoir présenter leur propre version des événements afin que l’opinion publique dispose d’une vision complète de l’affaire.

C’est précisément là que se situe, selon Me Laguerre Djerandi, la responsabilité de l’État : faire en sorte que la lumière soit faite, que les éventuelles fautes soient sanctionnées et qu’aucune institution ou personnalité ne puisse se considérer comme au-dessus de la loi.

Le véritable test commence maintenant

Pour l’avocat, l’épisode de la SHT pourrait finalement devenir une occasion de démontrer la solidité des mécanismes de gouvernance du pays. Une enquête transparente sur les faits, l’établissement des responsabilités et le respect des procédures permettraient de transformer une crise institutionnelle en démonstration concrète de l’État de droit.

La question fondamentale n’est donc plus seulement de savoir si le Tchad veut lutter contre la corruption. Elle est de savoir si cette lutte peut s’exercer avec la même détermination lorsque les contrôles concernent des secteurs stratégiques et des acteurs disposant de pouvoirs importants.

À l’heure où le pays célèbre le 66ᵉ anniversaire de son indépendance, l’affaire AILC-ANSE-SHT place ainsi les autorités devant une exigence de cohérence : faire en sorte que les institutions soient plus fortes que les individus, que les contrôles puissent aller à leur terme et que la loi s’applique à tous, sans exception.

Pour Me Laguerre Djerandi, c’est précisément à cette étape que se mesure la réalité d’une politique de lutte contre la corruption : non pas dans les discours, mais dans la capacité de l’État à laisser les institutions fonctionner et à établir, en toute transparence, les responsabilités lorsqu’un conflit institutionnel survient.

L’affaire opposant, autour d’une mission de contrôle à la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) et l’Agence nationale de sécurité de l’État (ANSE) soulève une question centrale : jusqu’où les institutions tchadiennes sont-elles prêtes à aller lorsqu’une opération de contrôle touche à des secteurs stratégiques et à des intérêts sensibles ?

Dans un communiqué publié le 12 août 2026, l’AILC affirme que plusieurs de ses agents, en mission de contrôle à la SHT, ont été interpellés par des agents de l’ANSE. L’institution dit également que ses collaborateurs auraient été menottés, encagoulés et retenus pendant plusieurs heures, tandis que leurs téléphones et ordinateurs auraient été confisqués. L’AILC affirme avoir saisi le président de la République et annonce son intention de poursuivre sa mission de contrôle. Ces éléments constituent, à ce stade, la version de l’AILC et appellent les éventuelles explications des autres parties concernées.

C’est dans ce contexte que l’avocat Me Laguerre Djerandi pose un regard critique sur la lutte contre la corruption au Tchad. Pour lui, l’épisode de la SHT dépasse le simple cadre d’un incident entre administrations. Il constitue, selon son analyse, un véritable « test de gouvernance » et de crédibilité pour les institutions chargées de lutter contre les pratiques corruptives.

Entre discours et réalité

Pour Me Laguerre Djerandi, la lutte contre la corruption ne peut être évaluée uniquement à travers la création d’institutions, l’adoption de textes juridiques ou les déclarations officielles. Elle se mesure surtout lorsque les organes de contrôle s’intéressent à des dossiers sensibles, à des intérêts économiques importants ou à la gestion de ressources stratégiques.

Cette interrogation prend une dimension particulière dans le cas de la SHT, acteur central du secteur pétrolier tchadien. Les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives montrent d’ailleurs l’importance des flux financiers liés aux activités pétrolières et le rôle de la SHT dans leur gestion.

« Que vaudra l’AILC si elle n’est indépendante que pour enquêter sur les faibles ? », s’interroge en substance l’avocat. À ses yeux, une politique anticorruption crédible doit s’appliquer sans distinction de statut, de fonction ou d’influence. L’indépendance d’une institution de contrôle ne prendrait donc tout son sens que lorsqu’elle lui permet d’exercer ses missions même face à des dossiers susceptibles de mettre en cause des intérêts puissants.

Le problème de l’indépendance institutionnelle

Le débat posé par cette affaire concerne également les rapports entre les institutions de l’État. Dans son analyse, Me Djerandi estime qu’il serait contradictoire de proclamer la lutte contre la corruption tout en laissant planer le soupçon d’une intimidation des structures chargées de la mettre en œuvre.

Le principe de bonne gouvernance suppose en effet que les institutions exercent leurs compétences dans le respect des lois, mais aussi que les éventuels abus ou dépassements soient examinés par les mécanismes prévus à cet effet. Dans un document transmis aux Nations unies, le Tchad rappelle lui-même que la Constitution impose aux pouvoirs publics de promouvoir la bonne gouvernance et de réprimer les détournements, la corruption et les infractions assimilées.

L’AILC a été créée précisément dans cette logique. Son existence vise à assurer, selon les textes qui l’instituent, une mission indépendante et impartiale de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées.

Dès lors, l’enjeu de l’affaire SHT ne serait pas uniquement de déterminer ce qui s’est réellement passé lors de l’intervention dénoncée par l’AILC. Il s’agit également de savoir comment l’État entend garantir la coexistence et la complémentarité de ses différentes institutions.

Établir les responsabilités, sans procès médiatique

Pour autant, une exigence de rigueur s’impose. La lutte contre la corruption et la défense de l’État de droit ne peuvent pas reposer sur des accusations non vérifiées ou sur les seules versions diffusées sur les réseaux sociaux.

L’AILC a exposé sa version des faits et saisi les autorités compétentes. Les responsabilités doivent désormais être établies sur la base d’éléments vérifiables, contradictoires et, le cas échéant, judiciairement examinés. L’ANSE et la SHT doivent pouvoir présenter leur propre version des événements afin que l’opinion publique dispose d’une vision complète de l’affaire.

C’est précisément là que se situe, selon Me Laguerre Djerandi, la responsabilité de l’État : faire en sorte que la lumière soit faite, que les éventuelles fautes soient sanctionnées et qu’aucune institution ou personnalité ne puisse se considérer comme au-dessus de la loi.

Le véritable test commence maintenant

Pour l’avocat, l’épisode de la SHT pourrait finalement devenir une occasion de démontrer la solidité des mécanismes de gouvernance du pays. Une enquête transparente sur les faits, l’établissement des responsabilités et le respect des procédures permettraient de transformer une crise institutionnelle en démonstration concrète de l’État de droit.

La question fondamentale n’est donc plus seulement de savoir si le Tchad veut lutter contre la corruption. Elle est de savoir si cette lutte peut s’exercer avec la même détermination lorsque les contrôles concernent des secteurs stratégiques et des acteurs disposant de pouvoirs importants.

À l’heure où le pays célèbre le 66ᵉ anniversaire de son indépendance, l’affaire AILC-ANSE-SHT place ainsi les autorités devant une exigence de cohérence : faire en sorte que les institutions soient plus fortes que les individus, que les contrôles puissent aller à leur terme et que la loi s’applique à tous, sans exception.Pour Me Laguerre Djerandi, c’est précisément à cette étape que se mesure la réalité d’une politique de lutte contre la corruption : non pas dans les discours, mais dans la capacité de l’État à laisser les institutions fonctionner et à établir, en toute transparence, les responsabilités lorsqu’un conflit institutionnel survient.

Constant Danimbe
Constant Danimbe
Articles: 2880

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *