Les journalistes exerçant au Liban font face à une intensification inquiétante des menaces, allant des attaques mortelles à une surveillance accrue, ont alerté mardi plusieurs experts lors d’un point de presse organisé à Genève. Des représentants de Human Rights Watch, ainsi que des juristes et acteurs des médias, ont dénoncé un climat hostile qui s’inscrit dans un schéma plus large de pressions visant à restreindre la liberté d’informer.
Selon Elsy Moufarrej, les violences ciblant les professionnels des médias ne relèvent pas d’incidents isolés, mais traduisent une stratégie délibérée pour faire taire la couverture journalistique. Une analyse partagée par Ghida Frangieh, qui affirme que les preuves recueillies attestent d’attaques directes contre les journalistes, parfois jusque dans leur domicile.
Les intervenants ont rappelé que plusieurs journalistes ont été tués ces dernières années, dans des circonstances pouvant relever de crimes de guerre. Parallèlement, la montée en puissance des outils de surveillance — notamment l’usage de drones et de technologies d’intelligence artificielle — accentue les risques. « Au Liban, nous sommes constamment surveillés », a averti Ghida Frangieh, évoquant des pratiques facilitant l’identification et le ciblage des reporters.
Dans ce contexte, les professionnels des médias sont confrontés à un dilemme inédit : s’identifier clairement pour bénéficier d’une protection relative ou dissimuler leur identité pour échapper aux attaques. Les experts estiment que cette situation fait désormais du Liban l’un des environnements les plus dangereux pour exercer le métier de journaliste, avec des dizaines de victimes recensées depuis 2023.
Ramzi Kaiss a également relayé les propos du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, qui a qualifié le Liban de pays le plus meurtrier pour les professionnels des médias en 2026. Une situation jugée d’autant plus préoccupante qu’elle serait favorisée, selon lui, par l’absence de pression internationale suffisante, notamment de la part de certains pays occidentaux.
Les intervenants ont ainsi appelé à des enquêtes indépendantes et à un renforcement urgent des mécanismes de protection, tout en pointant la responsabilité des partenaires internationaux, dont Union européenne, invités à revoir leurs relations et leur coopération avec Israël. Face à la gravité de la situation, ils insistent sur la nécessité d’une action concertée pour garantir la sécurité des journalistes et préserver la liberté de la presse.



