À l’ouverture du Forum africain de l’eau ce mercredi à N’Djamena, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a placé la question de l’accès universel à l’eau potable au cœur des priorités africaines. Dans une allocution axée sur la coopération, la souveraineté technique et la nécessité d’investissements adaptés, le chef de l’État gabonais a appelé les pays africains à unir leurs efforts pour relever ce qu’il considère comme « l’un des défis les plus pressants » du continent.
Prenant la parole devant plusieurs chefs d’État, responsables d’institutions régionales et partenaires internationaux, Brice Clotaire Oligui Nguema a d’abord adressé ses remerciements au président tchadien, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, pour son invitation et l’accueil réservé à sa délégation. Il a également salué l’initiative conjointe du Tchad et de la Banque mondiale ayant permis l’organisation de ce forum consacré à l’avenir de la ressource en eau en Afrique.
Selon le président gabonais, cette rencontre s’inscrit dans la dynamique de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, notamment l’objectif visant à assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs. Il a rappelé que malgré l’abondance des ressources hydriques du continent, avec des fleuves majeurs comme le Nil, le Congo, le Zambèze ou encore l’Ogooué, ainsi que de grands lacs tels que Victoria, Tanganyika et le lac Tchad, une grande partie des populations africaines reste privée d’un accès régulier à l’eau potable.
« L’eau est abondante à l’échelle du continent, mais demeure rare dans le quotidien de millions de ménages africains », a-t-il souligné, appelant les dirigeants africains à faire preuve de responsabilité collective afin de transformer cette réalité.
Pour le président gabonais, garantir l’accès à l’eau potable ne relève pas uniquement d’un choix politique, mais constitue « un impératif vital » pour la santé, le développement et la dignité des populations. Il a indiqué que cette ambition est inscrite comme un droit fondamental dans la Constitution gabonaise et représente le premier pilier de son projet de société pour la période 2025-2032.
Dans cette perspective, Brice Clotaire Oligui Nguema a présenté les réformes engagées par son gouvernement pour moderniser la gestion du secteur de l’eau. Il a notamment évoqué l’adoption, depuis 2023, d’un nouveau Code de l’eau, la réforme de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) avec la séparation des activités liées à l’eau et à l’électricité, ainsi que la préparation d’un Pacte national hydrique 2026-2035.
Le Gabon dispose également, selon lui, d’un portefeuille de projets prioritaires évalué à plus de 1 700 milliards de francs CFA, destiné à renforcer les infrastructures hydrauliques dans les grandes villes, les centres secondaires et les zones rurales.
Abordant les difficultés rencontrées par son pays, le chef de l’État gabonais a reconnu la persistance d’une crise d’approvisionnement en eau à Libreville depuis 2014. Face à cette situation, les autorités ont déclaré un état d’urgence hydrique au premier semestre 2026 et lancé plusieurs actions visant notamment à réduire les pertes sur les réseaux et à mieux encadrer la distribution.
Cette expérience, a-t-il expliqué, démontre que « disposer de ressources hydriques ne suffit pas » sans une gouvernance efficace, des infrastructures adaptées et des financements conséquents. Il a salué à cette occasion l’accompagnement de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement dans les initiatives liées au développement du secteur.
Le président gabonais a également plaidé pour un rôle accru des institutions financières africaines dans le financement des projets hydrauliques, avec des mécanismes plus flexibles et adaptés aux réalités du continent. Il a insisté sur la nécessité de valoriser les compétences africaines, estimant que les ingénieurs, techniciens et experts locaux doivent être pleinement associés aux grands chantiers.
« Le Gabon vient à N’Djamena, non pour exposer une richesse, mais pour proposer un partenariat », a déclaré Brice Clotaire Oligui Nguema, affirmant que son pays dispose désormais des ressources, des réformes nécessaires et d’un portefeuille de projets, mais qu’il a besoin de la force collective portée par ce forum.
Enfin, le président gabonais a souhaité que la rencontre de N’Djamena constitue un tournant décisif dans la bataille pour l’accès à l’eau potable en Afrique. Pour lui, seule une action concertée entre États, institutions financières et acteurs locaux permettra de faire de l’eau « une réalité concrète pour chaque citoyen du continent ».





