Une grave confrontation entre institutions de l’État éclabousse désormais le fonctionnement des mécanismes de lutte contre la corruption au Tchad. Dans un communiqué rendu public ce mercredi 12 août, l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) affirme que plusieurs membres de sa mission de contrôle à la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) ont été arrêtés et conduits dans les locaux de l’Agence nationale de sécurité de l’État (ANSE), dans des conditions que l’institution qualifie de « violences », de « traitements dégradants et humiliants ».
Selon le récit livré par l’AILC, les faits se sont produits alors qu’une équipe effectuait une mission de contrôle et de vérification de la gestion financière, matérielle et humaine de la SHT, conformément à un ordre de mission daté du 1er juillet 2026. Les contrôleurs auraient notamment demandé l’accès à des documents relatifs à la commercialisation du pétrole brut, dont des factures de vente adressées à Glencore, afin de vérifier la régularité et l’exhaustivité des recettes générées par ces opérations.
L’AILC affirme que, malgré plusieurs relances, certains responsables de la SHT ont refusé de communiquer ces documents. Après des explications sur les obligations légales des entités soumises à son contrôle, la Directrice commerciale aurait finalement accepté de procéder elle-même à l’impression des factures. C’est après cette étape, selon le communiqué, que la situation aurait brutalement dégénéré.
Une intervention musclée dénoncée par l’AILC
L’institution anticorruption affirme que le ministre, Directeur général de l’ANSE, accompagné d’agents « cagoulés et lourdement armés », a fait procéder à l’arrestation de l’ensemble des responsables de l’AILC présents dans les locaux de la SHT. La Contrôleure générale adjointe, le Directeur général des investigations et du contentieux, les contrôleurs, assistants et autres membres de l’équipe auraient été « menottés » avant d’être conduits dans les locaux de l’ANSE.
L’AILC affirme également que les téléphones et ordinateurs de ses agents ont été confisqués et que leur contenu a été exploité. Dans le même temps, un autre groupe d’agents de l’ANSE se serait rendu au siège de l’AILC avec, selon le communiqué, l’intention de forcer l’accès au bureau du Contrôleur général.
Pour l’Autorité, ces actes constituent une atteinte grave à l’intégrité physique et morale de ses agents ainsi qu’à son indépendance institutionnelle. Elle rappelle notamment que les textes régissant son fonctionnement prévoient des protections particulières pour ses responsables et agents dans l’exercice de leurs fonctions.
L’AILC interpelle directement le président de la République
Face à cette situation, l’AILC dit en référer à la « plus Haute Autorité », le Maréchal du Tchad, Président de la République, afin que soient tirées les conséquences pénales, administratives et disciplinaires qu’elle estime nécessaires à l’encontre du Directeur général de l’ANSE et des agents impliqués.
L’institution estime que cette affaire dépasse le simple incident entre agents publics. Elle y voit une possible entrave à l’exercice de ses missions et un risque pour les efforts engagés en matière de transparence, de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption.
Malgré ce qu’elle décrit comme un « climat de terreur et d’intimidation », l’AILC assure qu’elle poursuivra ses opérations de contrôle à la SHT afin de faire la lumière sur la gestion des ressources pétrolières et d’identifier les éventuelles entraves à ses investigations.
Le communiqué de l’AILC constitue toutefois la version d’une seule partie dans cette affaire. Les explications de l’ANSE et des responsables de la SHT seront déterminantes pour établir contradictoirement les circonstances exactes de ces événements.





