La Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) sort de son silence après le communiqué publié le 12 août par l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) au sujet des événements survenus lors d’une mission de contrôle dans ses locaux. Dans un communiqué de presse publié ce jeudi, l’entreprise rejette plusieurs affirmations de l’organe anticorruption et livre sa propre version des faits.
La SHT affirme, en premier lieu, avoir pleinement collaboré avec les équipes de l’AILC depuis le début de la mission. Elle indique avoir désigné un point focal, aménagé un espace de travail pour les contrôleurs et répondu, dans les délais impartis, aux différentes demandes de documents. L’entreprise estime ainsi que les difficultés liées à la nature de certains documents ou au respect de ses procédures internes ne peuvent être assimilées à une volonté d’entraver le contrôle.
Au cœur de la controverse figure toutefois l’intervention du vendredi 7 août 2026. Tout en reconnaissant les prérogatives légales de l’AILC, la SHT affirme que les conditions dans lesquelles la mission a été conduite dans ses locaux soulèvent « de sérieuses interrogations ». Elle relève notamment la présence, selon elle, de plusieurs personnes qui ne figuraient pas parmi les agents désignés dans l’ordre de mission présenté à la société.
La SHT invoque à cet égard les dispositions du décret n°2015/PR/2024, notamment son article 50, qui encadre les missions de contrôle, d’audit, de vérification et d’enquête de l’AILC. Selon l’entreprise, l’ordre de mission doit notamment préciser les agents habilités à intervenir. Pour la société pétrolière, cette identification constitue une garantie de régularité, de transparence et de traçabilité des opérations de contrôle.
La Directrice commerciale au centre des tensions
L’un des points les plus sensibles du communiqué concerne le traitement réservé à la Directrice commerciale et marketing de la SHT. La société affirme que cette dernière a été maintenue dans son bureau pendant près de cinq heures, en présence d’agents de l’AILC et de militaires armés.
Selon la SHT, son téléphone personnel ainsi que son ordinateur professionnel lui auraient été retirés, limitant notamment sa possibilité de communiquer avec sa famille et ses collaborateurs. L’entreprise considère ces conditions comme « humiliantes et dégradantes » et demande que soit clarifié leur fondement juridique.
La société rappelle également que l’article 31 du décret cité prévoit, selon son interprétation, que les personnes contrôlées bénéficient d’un contrôle objectif, fondé sur l’impartialité, le respect de la présomption d’innocence et une procédure équitable et contradictoire.
La SHT conteste plusieurs éléments du communiqué de l’AILC
Dans sa mise au point, la SHT réfute également certaines accusations qu’elle qualifie de « contrevérités ». Elle conteste notamment l’affirmation selon laquelle la Directrice commerciale et marketing aurait elle-même imprimé les factures sollicitées avant leur remise aux contrôleurs.
La société soutient au contraire que la Contrôleure générale adjointe de l’AILC aurait pris possession du bureau de la responsable, ouvert les fichiers et procédé elle-même à l’impression des documents demandés en utilisant ses outils de travail.
La SHT affirme par ailleurs que ses correspondances avec l’AILC ont été systématiquement traitées dans les délais légaux. Elle estime donc que les faits survenus lors de l’intervention du 7 août ne doivent pas être présentés comme la conséquence d’un refus de coopérer avec la mission de contrôle.
La lutte contre la corruption au cœur du débat
Malgré cette vive contestation, la SHT assure ne pas vouloir entrer dans une confrontation de principe avec l’AILC. Elle réaffirme son attachement à la lutte contre la corruption, à la transparence et à la bonne gouvernance.
Pour l’entreprise, la crédibilité de la lutte contre la corruption repose également sur le respect strict des procédures et des garanties prévues par la loi. Elle estime que toute difficulté rencontrée au cours d’une mission de contrôle doit être traitée à travers les mécanismes prévus par les textes en vigueur.
Cette sortie de la SHT intervient ainsi dans un contexte de tension entre l’entreprise publique et l’organe chargé de la lutte contre la corruption. Les deux parties défendent désormais des lectures différentes des événements du 7 août. Au-delà de la controverse, l’affaire soulève une question centrale : comment concilier l’efficacité des contrôles anticorruption avec le respect des procédures, des droits des personnes contrôlées et des règles de fonctionnement des institutions publiques ?





