Journée de l’enfant africain : Au Tchad, le travail des enfants continue de compromettre le droit à l’éducation

Chaque 16 juin, la Journée de l’enfant africain rappelle aux États, aux communautés et aux partenaires du développement leur responsabilité collective de garantir à chaque enfant protection, éducation et épanouissement. Au Tchad, cette commémoration intervient dans un contexte où des milliers d’enfants demeurent confrontés à une réalité préoccupante : celle du travail précoce, souvent au détriment de leur scolarisation et de leur avenir.

Chaque 16 juin, la Journée de l’enfant africain rappelle aux États, aux communautés et aux partenaires du développement leur responsabilité collective de garantir à chaque enfant protection, éducation et épanouissement. Au Tchad, cette commémoration intervient dans un contexte où des milliers d’enfants demeurent confrontés à une réalité préoccupante : celle du travail précoce, souvent au détriment de leur scolarisation et de leur avenir.

Dans les rues de N’Djamena comme dans plusieurs villes de province, les scènes sont devenues familières. Des enfants transportent des marchandises dans les marchés, vendent de l’eau ou des produits divers aux carrefours, travaillent dans les ateliers artisanaux, les restaurants de fortune ou comme aides domestiques. Dans les zones rurales, beaucoup participent aux travaux agricoles, à l’élevage ou à l’exploitation artisanale de ressources naturelles. Si certaines de ces activités sont parfois perçues comme une contribution à l’économie familiale, elles exposent néanmoins les enfants à des risques physiques, psychologiques et sociaux importants.

Selon les dernières estimations conjointes de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de l’UNICEF publiées en 2025, près de 138 millions d’enfants travaillaient encore dans le monde en 2024, dont 54 millions dans des activités dangereuses pour leur santé, leur sécurité ou leur développement. Malgré une baisse enregistrée au cours des dernières années, le phénomène demeure particulièrement préoccupant en Afrique subsaharienne, région qui concentre la plus forte proportion d’enfants travailleurs.

Au Tchad, les données disponibles montrent que le travail des enfants reste étroitement lié à la pauvreté, à l’insécurité alimentaire, aux déplacements forcés de populations et aux difficultés d’accès à l’éducation. Le pays accueille également des centaines de milliers d’enfants réfugiés et déplacés, dont la vulnérabilité accroît le risque d’exploitation économique. Le Département américain du Travail souligne d’ailleurs, dans son rapport 2024 sur les pires formes de travail des enfants, que de nombreux mineurs tchadiens demeurent exposés à des formes de travail dangereuses, notamment dans l’agriculture, l’élevage et certaines activités extractives.

Cette situation soulève inévitablement la question de l’accès à une éducation de qualité. Car le travail des enfants et la déscolarisation entretiennent un cercle vicieux. Un enfant qui travaille est souvent privé de temps pour apprendre, tandis qu’un enfant exclu du système éducatif devient plus vulnérable au travail précoce.

Les chiffres de l’UNICEF illustrent l’ampleur du défi. Au Tchad, près de trois millions d’enfants ne fréquentent pas l’école, soit environ un enfant sur deux. Le pays affiche également l’un des taux de pauvreté des apprentissages les plus élevés au monde, estimé à 94 %. Cette situation signifie que même parmi les enfants scolarisés, une grande proportion ne maîtrise pas les compétences fondamentales en lecture et en calcul.

Les obstacles sont multiples : insuffisance des infrastructures scolaires, manque d’enseignants qualifiés, éloignement des établissements dans certaines zones rurales, mariages précoces, crises humanitaires récurrentes et effets du changement climatique. Les inondations et les déplacements de populations perturbent régulièrement la continuité de l’apprentissage, tandis que la précarité économique pousse de nombreuses familles à privilégier les activités génératrices de revenus au détriment de la scolarisation des enfants.

Face à ces défis, plusieurs initiatives ont été engagées par les autorités tchadiennes avec l’appui des partenaires techniques et financiers. L’UNICEF indique avoir contribué à la construction de centaines de salles de classe, à la formation de milliers d’enseignants et à la distribution de matériels pédagogiques à plus de deux millions d’élèves. Des programmes spécifiques visent également la réintégration des enfants hors du système scolaire ainsi que l’amélioration de l’accès à l’éducation dans les contextes humanitaires.

Cependant, les efforts restent insuffisants au regard des besoins. Les organisations de défense des droits de l’enfant estiment que la lutte contre le travail des enfants doit s’accompagner d’investissements plus importants dans l’éducation, la protection sociale des familles vulnérables et l’application effective des lois interdisant l’exploitation économique des mineurs.

À l’occasion de la Journée de l’enfant africain 2026, le défi pour le Tchad ne consiste pas seulement à réduire le nombre d’enfants au travail, mais à garantir à chaque fille et à chaque garçon l’accès à une école sûre, inclusive et de qualité. Car derrière chaque enfant contraint de travailler se trouve souvent un droit fondamental qui n’a pas été pleinement respecté : celui d’apprendre, de rêver et de construire librement son avenir.

Constant Danimbe
Constant Danimbe
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