Plus de quatre ans après la signature de l’accord de paix d’avril 2022, les tensions autour de Miski, dans la province du Tibesti, mettent en lumière les difficultés d’application des engagements pris entre le gouvernement tchadien et le Comité d’autodéfense local. Pour le Dr Yamingué Bétinbaye, analyste politique, la persistance de cette crise s’explique notamment par les insuffisances du mécanisme de suivi de l’accord, les intérêts liés à l’exploitation de l’or et les difficultés à identifier des interlocuteurs locaux faisant consensus.
Un accord de paix qui peine à produire ses effets
Conclu en avril 2022 sous l’égide de la Médiature de la République, l’accord entre les autorités tchadiennes et le Comité d’autodéfense de Miski devait ouvrir la voie à une sortie durable de la crise. Pourtant, sa mise en œuvre demeure, selon l’analyse du Dr Yamingué Bétinbaye, l’un des principaux points de blocage.
« Visiblement, les mécanismes de suivi et d’exécution de l’accord n’ont pas été mis en place », relève-t-il, évoquant notamment la commission d’exécution et le comité mixte paritaire prévus dans le dispositif.
Cette absence de mécanismes opérationnels fragilise le processus de paix. Tandis que les autorités centrales affichent leur volonté de parvenir à une solution, les représentants du Comité d’autodéfense déplorent le manque d’avancées concrètes. À ces divergences s’ajoutent l’enclavement de la zone, la faible présence administrative de l’État et les difficultés d’accès aux services publics, qui compliquent davantage la mise en œuvre des engagements.
L’exploitation de l’or, un enjeu économique majeur
Au-delà des questions sécuritaires et institutionnelles, la gestion des ressources aurifères constitue un autre facteur déterminant dans le dossier de Miski. L’exploitation artisanale de l’or fait intervenir différents acteurs locaux et régionaux, aux intérêts parfois divergents.
La formalisation de cette activité, évoquée dans le cadre de l’accord, se heurte ainsi à des enjeux économiques importants. « Chacun en veut plus, que ce soit du côté gouvernemental ou du côté des acteurs locaux », observe le Dr Bétinbaye.
Pour l’analyste, la question essentielle est celle de la répartition des bénéfices issus de l’exploitation minière. La régularisation de la filière ne saurait se limiter au contrôle administratif ou à la mobilisation de recettes publiques. Elle devrait également garantir des retombées concrètes pour les populations concernées et les collectivités locales.
Sans transparence dans la gestion des revenus et sans mécanisme équitable de redistribution, la formalisation du secteur risque, selon cette lecture, d’alimenter les frustrations plutôt que de contribuer à l’apaisement.
Des interlocuteurs locaux dont la légitimité fait débat
La recherche d’une issue à la crise se heurte également à la question de la représentativité des acteurs locaux. L’absence d’un interlocuteur reconnu par l’ensemble des communautés concernées complique les négociations et réduit la portée des initiatives de médiation.
Malgré les déplacements de responsables de l’État et de représentants de la Médiature, les tensions persistent. Le Dr Yamingué Bétinbaye estime que certains médiateurs ou représentants ne bénéficieraient pas d’une légitimité suffisamment partagée pour engager durablement les différentes composantes locales.
Cette fragmentation constitue un défi supplémentaire pour les autorités. Un processus de paix ne peut, en effet, produire des résultats durables si les personnes chargées de négocier ne disposent pas d’une reconnaissance suffisante auprès des acteurs qu’elles sont censées représenter.
Reprendre les négociations pour sortir de l’impasse
Malgré ces difficultés, le Dr Yamingué Bétinbaye ne considère pas le processus comme définitivement compromis. Il estime que le maintien d’un canal de communication peut encore permettre de relancer les discussions et de trouver des compromis acceptables.
Sa principale recommandation consiste à remettre l’accord sur la table, à réexaminer ses dispositions et à préciser les modalités concrètes de son application.
« Il faudrait reposer cet accord sur la table et militer pour qu’il soit appliqué. Tant qu’il ne l’est pas, nous aurons toujours les mêmes difficultés dans cette zone », insiste-t-il.
La sortie de crise suppose, selon cette analyse, des concessions réciproques : d’un côté, une présence de l’État mieux organisée et acceptée localement ; de l’autre, des garanties concernant la gestion des ressources minières et la redistribution équitable des bénéfices.
À Miski, l’enjeu dépasse ainsi la seule restauration de l’ordre sécuritaire. Il porte également sur la capacité des institutions à honorer leurs engagements, à instaurer une gouvernance transparente des ressources naturelles et à construire un dialogue inclusif. Autant de conditions dont dépendra la possibilité de transformer un accord signé en une paix durable.




