De village en village, une même parole : préserver la paix pour construire l’avenir
Le jour se lève sur les vastes étendues de l’Est tchadien. Sur les pistes poussiéreuses reliant les localités, les véhicules avancent lentement, traversant des paysages où alternent plaines, villages et zones rurales. À leur passage, des habitants sortent des maisons, des groupes se forment sous les grands arbres, les salutations se multiplient. Ici, ce ne sont pas seulement des visiteurs qui arrivent, mais une délégation venue écouter, échanger et rappeler un message essentiel : la paix est une responsabilité collective.
À la tête de cette mission de proximité, le président de la Coalition des Associations de la Société Civile pour l’Action Citoyenne (CASAC), Dr Mahmoud Ali Seid, poursuit une tournée de sensibilisation consacrée au renforcement de la cohésion sociale et à la promotion du vivre-ensemble.
De Hadjer-Lamis au Ouaddaï, en passant par le Dar Tama, cette initiative s’inscrit dans une démarche de dialogue direct avec les populations. Loin des grandes salles de conférence et des discours institutionnels, la CASAC choisit le terrain, les échanges communautaires et l’écoute comme outils de prévention des tensions.

Quand la parole devient un instrument de paix
Dans chaque localité visitée, le scénario se répète, mais l’émotion reste intacte. Les autorités administratives et traditionnelles accueillent la délégation. Les chefs coutumiers prennent la parole pour rappeler l’importance des valeurs ancestrales de tolérance et de solidarité. Puis vient le moment le plus attendu : celui des échanges avec les populations.
Assis à même le sol ou regroupés autour des responsables locaux, les habitants exposent leurs préoccupations. Ils parlent de sécurité, d’accès aux services sociaux, des difficultés économiques, mais aussi de leurs inquiétudes face aux divisions qui peuvent fragiliser les liens entre communautés.
Pour le Dr Mahmoud Ali Seid, la consolidation de la paix ne peut être réduite aux seules actions des institutions publiques. Elle repose également sur l’implication des citoyens, la capacité des communautés à régler leurs différends par le dialogue et la volonté de préserver l’unité nationale.
« La paix commence dans nos villages, dans nos quartiers et dans nos familles. Chaque citoyen a un rôle à jouer pour empêcher les conflits de naître et pour préserver notre vivre-ensemble », insiste-t-il au cours des rencontres.

Les communautés au centre du processus
Au fil de la tournée, un constat apparaît : derrière la diversité des réalités locales, les attentes des populations se ressemblent. Les habitants réclament un environnement stable permettant aux enfants d’étudier, aux agriculteurs de travailler, aux commerçants de développer leurs activités et aux familles de vivre sans peur.
Les femmes occupent une place importante dans ces échanges. Elles témoignent des conséquences sociales des tensions et rappellent que la paix se mesure aussi dans la vie quotidienne : la possibilité d’envoyer les enfants à l’école, de se déplacer librement et de subvenir aux besoins de la famille.
La jeunesse, elle aussi, est au cœur des discussions. Face aux défis liés à l’emploi et aux perspectives d’avenir, les jeunes sont invités à devenir des acteurs de la cohésion sociale plutôt que des relais des discours de division.
Les gardiens de la tradition mobilisés
Dans plusieurs localités, les chefs traditionnels rappellent le rôle historique des mécanismes communautaires dans la résolution des conflits. La médiation, le dialogue entre familles et la recherche du compromis demeurent, selon eux, des pratiques indispensables pour maintenir l’équilibre social.
« Une communauté qui se parle est une communauté qui se protège », résume un chef traditionnel lors d’une rencontre avec la délégation.
Ces voix venues des territoires illustrent une réalité : la paix ne se construit pas uniquement dans les capitales. Elle prend racine dans les villages, à travers des gestes simples, des discussions et des engagements quotidiens.

La société civile, un relais entre les citoyens et les institutions
Au-delà de la sensibilisation, cette tournée met en lumière le rôle croissant de la société civile dans l’accompagnement des dynamiques de paix. En allant directement vers les populations, la CASAC entend créer des espaces où citoyens, autorités, leaders communautaires et acteurs religieux peuvent échanger librement.
Pour plusieurs observateurs, cette approche répond à un besoin essentiel : prévenir les crises en renforçant la confiance avant que les tensions ne deviennent des conflits ouverts.
La proximité devient alors un outil stratégique. Écouter les populations, comprendre leurs réalités et encourager le dialogue permettent de construire progressivement un climat favorable à la stabilité.
Une caravane citoyenne porteuse d’espoir
Les kilomètres parcourus racontent une même histoire. À chaque étape, le message reste constant : les différences culturelles, ethniques ou sociales ne doivent pas devenir des sources de division, mais une richesse pour la nation.
Lorsque les véhicules quittent une localité pour rejoindre la prochaine étape, les discussions continuent souvent derrière eux. Des habitants échangent encore sur les messages entendus, certains évoquent des initiatives locales à mettre en place pour renforcer la solidarité.
Cette tournée aura rappelé une vérité fondamentale : la paix n’est pas seulement l’absence de conflit. Elle est un travail permanent, construit par le dialogue, la confiance et l’engagement collectif.
À travers cette démarche, la CASAC porte une conviction forte : la cohésion nationale ne se décrète pas. Elle se construit au quotidien, au plus près des citoyens, là où se joue véritablement l’avenir du vivre-ensemble des tchadiens.



