Tchad: L’opposant Kemkoye brise le silence et conteste les effets juridiques et politiques de sa condamnation

Trois mois après sa condamnation et quelques semaines après sa libération grâce à une mesure présidentielle, le président national de l’Union des démocrates pour le développement (UDP), Max Kemkoye, a choisi de reprendre la parole. Face aux journalistes réunis au siège national de son parti à N’Djamena, il a livré une longue déclaration consacrée à sa situation judiciaire, à ses droits politiques, à la qualification de son emprisonnement et aux conditions de détention dans les prisons tchadiennes.

Trois mois après sa condamnation et quelques semaines après sa libération grâce à une mesure présidentielle, le président national de l’Union des démocrates pour le développement (UDP), Max Kemkoye, a choisi de reprendre la parole. Face aux journalistes réunis au siège national de son parti à N’Djamena, il a livré une longue déclaration consacrée à sa situation judiciaire, à ses droits politiques, à la qualification de son emprisonnement et aux conditions de détention dans les prisons tchadiennes.

Cette Conférence de presse du 26 septembre s’est voulue, selon le dirigeant politique, une réponse aux « confusions » et aux interprétations entourant sa libération et les conséquences de sa condamnation.

Une libération qui suscite encore des interrogations

D’emblée, Max Kemkoye s’interroge sur les circonstances de sa libération. Il relève notamment le contraste entre la mobilisation sécuritaire et judiciaire ayant précédé son arrestation, son procès tenu à huis clos et sa condamnation à huit ans d’emprisonnement, et la décision intervenue quelques mois plus tard.

Le président de l’UDP questionne également la forte présence des médias lors de sa sortie de prison, alors que, selon lui, les journalistes avaient été exclus de l’audience ayant conduit à sa condamnation.

Il fait par ailleurs référence à un communiqué du Vice-Premier ministère daté du 20 août 2026 relatif aux conséquences de la grâce présidentielle, notamment sur la jouissance des droits civiques et politiques. Pour l’opposant, cette interprétation constitue le cœur d’une controverse juridique qu’il entend désormais clarifier.

La bataille autour des droits civiques et politiques

Une large partie de la conférence a été consacrée à l’interprétation des textes de loi. Max Kemkoye soutient qu’une condamnation prononcée en matière correctionnelle n’entraîne pas automatiquement la privation des droits civiques et politiques.

S’appuyant sur plusieurs dispositions du Code pénal tchadien, notamment les articles 16, 17, 27 et 41, il distingue les crimes, les délits et les contraventions et affirme que sa condamnation à huit ans d’emprisonnement n’était pas une condamnation criminelle assortie d’une peine accessoire de dégradation civique.

Il conteste ainsi l’application qui pourrait être faite, à son encontre, de l’article 11 de la loi portant Charte des partis politiques. Selon lui, cette disposition concerne principalement les conditions liées à la création et à l’organisation des partis, et ne saurait être interprétée comme une interdiction automatique de diriger un parti déjà constitué.

Le responsable de l’UDP revendique donc pleinement sa capacité à exercer ses fonctions à la tête de sa formation politique.

« Nous sommes des prisonniers politiques », affirme Kemkoye

Autre point central de son intervention : la qualification de son emprisonnement.

Max Kemkoye rejette catégoriquement l’idée selon laquelle lui et les autres responsables concernés seraient des détenus de droit commun. Il affirme que leur arrestation et leur condamnation sont directement liées à leur engagement politique et aux positions qu’ils défendent.

Pour étayer son propos, il évoque la définition généralement retenue du prisonnier politique, notamment lorsqu’une personne est détenue en raison de ses convictions, de son engagement politique ou de l’exercice pacifique de libertés fondamentales.

Le président de l’UDP estime que la nature des poursuites engagées contre lui doit être appréciée au regard du contexte politique dans lequel elles sont intervenues. Il maintient ainsi que son emprisonnement relève d’un contentieux politique plutôt que d’une infraction ordinaire.

La condamnation et le risque d’exclusion électorale

Max Kemkoye va plus loin en évoquant les conséquences électorales de sa condamnation.

Il affirme que l’application de certaines dispositions du Code électoral pourrait avoir pour effet de l’empêcher de participer aux prochaines consultations électorales, notamment les élections présidentielle, législatives, municipales et sénatoriales.

Le responsable politique présente cette situation comme une conséquence majeure de la procédure judiciaire engagée contre lui. Il s’interroge dès lors sur les effets qu’une telle exclusion pourrait produire sur la compétition politique et sur la représentation des différentes sensibilités lors des prochains scrutins.

Il pose également la question de la confiance des citoyens dans le processus électoral et met en garde contre une éventuelle démobilisation politique.

Ces affirmations constituent toutefois l’interprétation juridique et politique défendue par le président de l’UDP au cours de la conférence de presse.

Le dossier devant les mécanismes des Nations unies

Max Kemkoye indique également que son dossier a dépassé le cadre national. Il affirme que plusieurs mécanismes des Nations unies ont été saisis, notamment le Groupe de travail sur la détention arbitraire ainsi que des rapporteurs spéciaux chargés de la liberté de réunion, d’association et de la liberté d’opinion et d’expression.

Il cite dans ce cadre la Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), présentées comme les organisations ayant effectué les démarches auprès des mécanismes internationaux concernés.

« Rendez-vous à l’ONU, à l’Union européenne et à Genève », a lancé le dirigeant politique, annonçant ainsi la poursuite du dossier sur le terrain international.

La prison de Klessoum au cœur d’un plaidoyer

Au-delà de son propre cas, Max Kemkoye a consacré une partie importante de son intervention aux autres détenus qu’il affirme avoir côtoyés durant sa détention.

Il cite notamment deux jeunes, Espoir et Bonheur, ainsi que d’autres personnes condamnées ou maintenues en détention dans le cadre de l’affaire de Mandakao. Il évoque également des religieux, des hauts fonctionnaires et des entrepreneurs dont les situations judiciaires seraient, selon lui, marquées par des irrégularités ou des règlements de comptes.

Le président de l’UDP dresse ensuite un tableau particulièrement sévère des conditions de détention à la Maison d’arrêt de Klessoum. Il affirme que des détenus seraient privés de soins adéquats, que les conditions alimentaires seraient très difficiles et qu’un nombre important de personnes resteraient incarcérées pendant de longues périodes sans avoir été jugées.

Des audiences foraines demandées

Face à cette situation, le responsable politique appelle directement le président de la République à intervenir dans le fonctionnement de la justice afin, selon lui, de faire cesser les détentions injustifiées et les éventuels abus.

Il propose notamment l’organisation, dès la prochaine rentrée judiciaire, d’audiences foraines au sein de la Maison d’arrêt de Klessoum, conduites par des magistrats qu’il souhaite voir indépendants et irréprochables.

L’objectif serait, selon sa proposition, de reprendre les dossiers détenu par détenu, de vérifier les procédures et de permettre aux personnes injustement incarcérées de retrouver leur liberté.

Une nouvelle séquence politique pour l’UDP

Cette conférence de presse marque ainsi une nouvelle étape dans la communication de Max Kemkoye depuis sa sortie de prison. Au-delà de la défense de sa propre situation, le président de l’UDP cherche à replacer son affaire dans un débat plus large sur l’État de droit, l’indépendance de la justice, les libertés politiques et les conditions carcérales au Tchad.

Son intervention repose essentiellement sur trois axes : contester les conséquences politiques de sa condamnation, défendre sa capacité à continuer de diriger l’UDP et dénoncer ce qu’il considère comme des injustices judiciaires et carcérales.

Constant Danimbe
Constant Danimbe
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