Quand le désert nourrit le Tchad : l’ironie agricole d’Azoudoum Aweina Gédéon

Dans une analyse publiée mercredi, 23 septembre, le consultant Azoudoum Aweina Gédéon s’amuse du paradoxe entre le potentiel agricole du Tchad et les prouesses réalisées par les Émirats arabes unis, pourtant confrontés à un environnement largement désertique.

C’est avec une bonne dose d’humour et une pointe d’ironie que le consultant Azoudoum Aweina Gédéon a livré, mercredi 23 septembre, sa réflexion sur la situation agricole du Tchad. Parti, selon ses propres mots, « voir ses travaux champêtres très passionnants », il raconte avoir découvert à son retour l’annonce du don de 3 000 tonnes effectué par les Émirats arabes unis au profit du Tchad.

L’information aurait pu simplement susciter des remerciements. Mais chez le consultant, elle déclenche surtout une petite leçon… de géographie.

« Puisque l’agriculture, comme la guerre, repose avant tout sur la géographie, faisons donc un peu la géographie des Émirats arabes unis », écrit-il avec malice.

La suite de son analyse repose sur un contraste qui, à première vue, prête à sourire : les Émirats arabes unis, pays largement désertique et confronté à une forte contrainte hydrique, ont développé des technologies agricoles leur permettant de produire une partie de leurs aliments. Le Tchad, de son côté, dispose de vastes espaces et d’un potentiel agro-pastoral considérable, mais continue de dépendre en partie des importations et de l’aide alimentaire.

Le désert qui apprend à produire

Le consultant rappelle que les Émirats arabes unis occupent un territoire d’environ 82 880 km², majoritairement désertique, avec un climat aride et de faibles précipitations.

Pourtant, le pays a investi dans des techniques adaptées à son environnement : hydroponie, fermes verticales, cultures en environnement contrôlé et dessalement de l’eau. Ces solutions permettent notamment la production de dattes, de tomates, de concombres, de laitues, de fraises et d’herbes aromatiques.

Une manière, selon l’esprit de son analyse, de démontrer que l’agriculture ne dépend pas seulement de la générosité de la nature, mais aussi de la capacité d’un pays à investir, innover et organiser sa production.

Le paradoxe tchadien

C’est là que l’ironie devient plus mordante.

Comment expliquer qu’un pays confronté à un environnement désertique puisse développer des solutions pour produire, tandis qu’un pays comme le Tchad, doté d’importantes ressources naturelles et d’un potentiel agricole et pastoral reconnu, reste confronté à des difficultés de production et de sécurité alimentaire ?

Azoudoum Aweina Gédéon ne semble pas remettre en cause le bien-fondé du don émirati. Il utilise plutôt cette situation pour poser une question plus large sur les choix de développement du Tchad.

Son raisonnement peut se résumer ainsi : si les Émirats disposaient d’un territoire comme celui du Tchad, ils auraient peut-être encore davantage de possibilités pour développer leur agriculture.

Une boutade ? Certainement. Mais derrière cette boutade se cache une interrogation sérieuse sur la valorisation des ressources nationales.

« Ils auraient préféré avoir notre territoire »

C’est probablement la pointe la plus ironique de sa réflexion. Les Émirats, malgré le désert, le manque d’eau et les contraintes climatiques, ont transformé une partie de leurs handicaps en défis technologiques.

Le Tchad, lui, dispose de terres, de soleil, de ressources hydriques dans plusieurs régions et d’une importante population active dans le secteur agro-pastoral.

La comparaison ne signifie évidemment pas que les deux pays évoluent dans les mêmes conditions économiques, technologiques ou géographiques. Elle invite plutôt à réfléchir sur la manière dont les ressources disponibles peuvent être transformées en capacité productive.

Et c’est finalement là que l’humour du consultant devient une question de fond : faudrait-il peut-être, pour une fois, que le désert nous donne une leçon d’agriculture ?

Une leçon qui, au-delà des 3 000 tonnes offertes, pose une question beaucoup plus ambitieuse : comment faire pour que le Tchad devienne progressivement capable de produire davantage de ce qu’il consomme ?

Constant Danimbe
Constant Danimbe
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