Tchad : Pahimi Padacké Albert dénonce une tentative de mise sous pression du Parlement

Le chef de l’opposition démocratique conteste la démarche du délégué général du gouvernement auprès du Logone Occidental, qui a demandé des explications au sénateur Mbaigolmem Sébastien après ses déclarations sur la détention d’armes de guerre par certains éleveurs

Le chef de l’opposition démocratique conteste la démarche du délégué général du gouvernement auprès du Logone Occidental, qui a demandé des explications au sénateur Mbaigolmem Sébastien après ses déclarations sur la détention d’armes de guerre par certains éleveurs.

Une correspondance administrative déclenche une vive réaction politique au Tchad. Dans une déclaration intitulée « Un monde à l’envers », Pahimi Padacké Albert, président national du RNDT-Le Réveil et chef de l’opposition démocratique, s’insurge contre une initiative du délégué général du gouvernement auprès de la province du Logone Occidental visant le sénateur Mbaigolmem Sébastien, élu de cette circonscription.

Au cœur de la controverse figure la lettre n° 318/RT/PLOC/SG/2026 du 16 octobre 2026, signifiée par voie d’huissier-commissaire de justice. Selon Pahimi Padacké Albert, cette correspondance somme le parlementaire de fournir des explications « en sa qualité de sénateur ». Une démarche qu’il juge inappropriée au regard des prérogatives du Parlement et du rôle de contrôle exercé sur l’action gouvernementale.

Une interpellation liée à la transhumance

À l’origine de cette affaire, les déclarations du sénateur Mbaigolmem Sébastien, prononcées le 14 octobre 2026 à Laokassi, au cours d’une mission consacrée à la prévention des conflits liés à la transhumance, notamment entre agriculteurs et éleveurs.

Le parlementaire aurait dénoncé la détention d’armes de guerre par certains éleveurs. Pour Pahimi Padacké Albert, cette prise de parole relève de la responsabilité d’un élu appelé à relayer les préoccupations des populations et à alerter sur les risques sécuritaires dans sa circonscription.

« Un parlementaire devrait-il recevoir l’autorisation du délégué du Gouvernement avant de porter la parole des populations et alerter sur leur sécurité ? », s’interroge-t-il, remettant en cause le bien-fondé de la demande d’explications adressée au sénateur.

Le chef de l’opposition estime que la question de la circulation des armes dans les zones rurales ne saurait être éludée, au regard des violences récurrentes opposant agriculteurs et éleveurs. Il évoque également la question de certains responsables civils et militaires qui détiendraient des troupeaux dans leurs zones de responsabilité, faisant référence à une déclaration de l’ancien président Idriss Déby Itno à Koumra, en 2020.

Le contrôle parlementaire au centre du débat

Au-delà du cas du sénateur Mbaigolmem Sébastien, Pahimi Padacké Albert voit dans cette correspondance un possible empiètement de l’autorité administrative sur les prérogatives parlementaires.

Il dénonce ce qu’il considère comme une inversion des rôles entre un exécutif soumis au contrôle parlementaire et ses représentants dans les provinces. Il redoute également que cette démarche s’inscrive dans une dynamique de restriction de l’espace d’expression des élus, particulièrement ceux de l’opposition.

Dans sa déclaration, il établit un parallèle avec ce qu’il décrit comme l’affaiblissement des conseils provinciaux et des élus locaux, estimant que les institutions représentatives risquent de perdre progressivement leur capacité à exercer leurs missions.

Ces accusations traduisent la lecture politique que fait le chef de l’opposition de cette affaire. Le contenu de la correspondance administrative et les motifs précis de la demande d’explications n’ont toutefois pas été établis de manière indépendante à partir des éléments disponibles.

Un appel à l’intervention du chef de l’État

Face à cette situation, Pahimi Padacké Albert appelle le président de la République, en sa qualité de garant des institutions, à examiner cette affaire et à en tirer les conséquences qu’il jugera nécessaires.

Il rappelle avec insistance qu’un sénateur ne saurait être considéré comme un subordonné du gouvernement ou de son représentant dans une province. « Un sénateur n’est pas un subordonné du gouvernement, et moins encore de son délégué », affirme-t-il.

Cette controverse remet ainsi au premier plan les rapports entre autorités administratives et représentants élus, mais aussi la place du contrôle parlementaire dans le fonctionnement des institutions tchadiennes. Elle soulève, en filigrane, une question essentielle : comment concilier les responsabilités des autorités administratives avec la liberté des parlementaires de relayer les préoccupations de leurs électeurs ?

Constant Danimbe
Constant Danimbe
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