L’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC) a annoncé, dans un communiqué publié ce 15 mai 2026 à N’Djamena, avoir saisi la justice dans une affaire présumée de détournement massif de vivres destinés aux populations vulnérables. Cette décision fait suite à une mission de contrôle et de vérification menée conformément à l’Ordre de Mission N°081/AILC/CAB/2025 portant sur la gestion et la distribution gratuite de denrées alimentaires mobilisées par le Gouvernement dans le cadre de sa politique sociale et humanitaire.
Selon l’AILC, d’importantes quantités de vivres composées notamment de riz, de maïs, de mil pénicillaire et d’huile avaient été mises à la disposition du ministère en charge de l’Action sociale par l’Office National de Sécurité Alimentaire (ONASA). La valeur globale de ces produits est estimée à 28 milliards de FCFA. L’ONASA affirme avoir remis les vivres avec toutes les pièces justificatives requises, sans intervenir dans le processus de distribution aux bénéficiaires.
Les investigations menées par l’institution anticorruption ont consisté en un recoupement des données détenues par l’ONASA et le ministère concerné. D’après les conclusions rendues publiques, le ministère de l’Action sociale reconnaît avoir réceptionné les vivres. Toutefois, l’AILC indique qu’aucun document comptable fiable, aucun bordereau de livraison, ni fiche de distribution ou procès-verbal de remise ne permettent de confirmer la distribution effective des denrées aux populations ciblées.
L’enquête révèle également l’existence présumée d’un réseau de fabrication de fausses pièces justificatives destiné à couvrir des opérations fictives de distribution. L’AILC affirme avoir démantelé cette cellule au cours de ses investigations.
Au-delà de l’analyse documentaire, des vérifications de terrain ont été effectuées dans les communes de N’Djamena ainsi que dans plusieurs provinces afin de vérifier la réalité des distributions annoncées. À l’issue de ces contrôles, l’institution indique qu’une quantité importante de vivres, évaluée à 11 227 170 500 FCFA, aurait été déchargée sans jamais parvenir aux bénéficiaires et demeure introuvable dans les entrepôts de stockage.
Face à la gravité des faits, l’AILC affirme avoir transmis le dossier à la justice pour des faits présumés de détournement de biens publics. L’institution dénonce par ailleurs une campagne de désinformation et de dénigrement relayée sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de la procédure judiciaire. Selon elle, certaines personnes agiraient pour défendre des intérêts particuliers et tenter de discréditer les actions engagées dans la lutte contre la corruption.
L’Autorité réaffirme son engagement en faveur de la transparence, de la redevabilité et de la moralisation de la vie publique. Elle prévient également qu’elle se réserve le droit d’engager des poursuites contre toute personne cherchant à porter atteinte à son image ou à entraver ses missions par des allégations jugées mensongères.
À travers ce communiqué, l’AILC rappelle que la lutte contre la corruption demeure, selon elle, « un impératif national » nécessitant l’implication de tous les citoyens dans la protection des ressources publiques et le respect de l’intérêt général.


