« On n’apprend pas à un homme endeuillé de pleurer » : le cri d’amertume d’Azoudoum Aweina Gédéon après le drame de Kim et Koyom

Les blessures sont encore béantes dans les sous-préfectures de Kim et Koyom, dans la province du Mayo-Kebbi Est. Quelques jours après les violences qui ont fait de nombreuses victimes et provoqué d'importantes destructions matérielles, le leader communautaire Azoudoum Aweina Gédéon a pris la parole dans un texte poignant où se mêlent douleur, indignation et appel à la responsabilité collective.

Les blessures sont encore béantes dans les sous-préfectures de Kim et Koyom, dans la province du Mayo-Kebbi Est. Quelques jours après les violences qui ont fait de nombreuses victimes et provoqué d’importantes destructions matérielles, le leader communautaire Azoudoum Aweina Gédéon a pris la parole dans un texte poignant où se mêlent douleur, indignation et appel à la responsabilité collective.

« On n’apprend pas à un homme endeuillé de pleurer », écrit-il d’entrée, résumant l’état d’esprit des familles frappées par la tragédie. Selon lui, les populations touchées ont subi des pertes humaines, la destruction de leurs biens et une profonde humiliation. Plus douloureux encore, affirme-t-il, plusieurs familles n’ont même pas pu accomplir le deuil de leurs proches, les victimes ayant été enterrées par les forces de l’ordre.

Dans son témoignage, Azoudoum Aweina Gédéon décrit des actes d’une extrême violence dont les images ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Il y voit une atteinte à la dignité humaine qui dépasse les frontières du Tchad et interpelle la conscience universelle. « Il faut regarder au-delà du cadavre. Il faut regarder la manière de traiter l’homme qu’on tue », souligne-t-il, estimant que la cruauté observée révèle une haine profonde qui mérite une réflexion nationale.

Malgré la douleur, le leader communautaire affirme que les populations concernées ont choisi de ne pas répondre à la violence par la violence. Selon lui, les appels au calme ont été entendus sur le terrain, même dans un contexte marqué par la colère et la détresse. Les efforts ont plutôt été orientés vers la prise en charge des blessés et la reprise des activités agricoles, alors que de nombreux champs, semences et moyens de production auraient été détruits ou emportés.

Au-delà du drame lui-même, Azoudoum Aweina Gédéon se dit profondément affecté par certaines réactions observées après les événements. Il dénonce les tentatives de catégorisation des victimes en fonction de leurs appartenances ou des positions de leurs proches, ainsi que le silence et l’indifférence de certains acteurs. Pour lui, la mort d’un être humain ne devrait jamais être analysée à travers le prisme des clivages politiques, communautaires ou régionaux.

Refusant toute stigmatisation ethnique, il insiste sur la nécessité de distinguer les auteurs des crimes des communautés auxquelles ils pourraient être associés. « L’ennemi n’est pas une ethnie. L’ennemi n’est pas une communauté », rappelle-t-il, appelant à éviter les amalgames susceptibles d’alimenter davantage les tensions.

Dans son analyse, le leader communautaire estime que cette tragédie révèle également les limites de la protection assurée par les institutions publiques. Il regrette ce qu’il considère comme l’insuffisance de la réponse de l’État face aux souffrances des populations et invite les communautés à développer davantage de mécanismes d’organisation, de solidarité et de prévention pour faire face aux menaces sécuritaires.

Au-delà de l’émotion, son message se veut un appel à l’action. Pour Azoudoum Aweina Gédéon, les drames récurrents qui endeuillent certaines localités du pays imposent une réflexion profonde sur la gouvernance, la sécurité et la cohésion sociale. « Agissons pour l’efficacité plutôt que de réagir », lance-t-il, exhortant les Tchadiens à transformer la douleur en capacité d’organisation afin de préserver la paix, la sécurité et le vivre-ensemble.

Constant Danimbe
Constant Danimbe
Articles: 2806

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *