Dans une tribune au ton grave et sans concession, le journaliste tchadien Nanglengar Gustave dresse le portrait d’un pays qu’il décrit comme « perdu au fin fond de la brousse », miné par la chaleur accablante et, surtout, par une gouvernance qu’il juge oppressive. Sous le titre évocateur « Pays des morts-vivants, en attente d’un sauveur », l’auteur dépeint une société étouffée par un pouvoir autoritaire, où toute voix dissidente serait réduite au silence.
Dans ce réquisitoire, la liberté d’expression apparaît gravement compromise. L’auteur évoque une Constitution « piétinée », des opposants arrêtés, voire assassinés, ainsi que des journalistes emprisonnés pour avoir dénoncé les dérives du système. À ses yeux, le climat politique est marqué par une répression systématique qui installe la peur et réduit l’espace du débat public à sa plus simple expression.
Au-delà de la question des libertés, la tribune met en lumière une crise multidimensionnelle. L’absence d’accès régulier à l’électricité et à l’eau, la faiblesse des infrastructures sanitaires et l’effondrement du système éducatif sont présentés comme autant de symptômes d’un État défaillant. Le tableau dressé est celui d’un quotidien difficile, où les promesses électorales d’un « paradis sur terre » se sont muées en désillusion profonde.
La situation socio-économique n’est pas épargnée par cette critique. Le chômage, notamment chez les jeunes, est décrit comme atteignant des niveaux alarmants, contraignant une grande partie de la population à survivre grâce à des activités précaires. L’auteur dénonce également la généralisation de pratiques telles que la corruption, le clientélisme et le favoritisme, qui, selon lui, verrouillent les perspectives d’ascension sociale et consacrent une inégalité structurelle.
Dans ce contexte, Nanglengar Gustave fustige la promotion de la médiocrité au détriment de la compétence, estimant que les élites se maintiennent par des réseaux d’influence plutôt que par le mérite. Il en résulte, selon ses propos, une société désabusée, où l’espoir s’amenuise et où la résignation gagne du terrain face à une répression jugée implacable.
Enfin, la tribune prend une dimension quasi symbolique, appelant à l’émergence d’un « Moïse » capable de libérer le peuple de ses entraves. Une métaphore forte, qui traduit l’ampleur du désarroi exprimé, mais aussi l’attente d’un changement profond dans un pays que l’auteur décrit comme à la dérive.


