La décision du ministère de l’Éducation nationale, du Bilinguisme et de la Promotion civique de rendre obligatoire l’enseignement de l’arabe dès la prochaine rentrée scolaire continue de susciter des réactions contrastées. Parmi les analyses qui alimentent le débat, celle de Mamadjibeye De Nako se distingue par son ton critique et son appel à une refonte profonde de la politique linguistique.
Dans sa prise de position, l’analyste défend l’idée selon laquelle « on n’impose ni une langue ni une culture », mais qu’on les rend attractives afin de susciter une adhésion volontaire. Elle souligne que l’intérêt des jeunes Tchadiens pour des langues comme l’anglais ou le mandarin repose sur les perspectives concrètes qu’elles offrent, notamment en matière d’opportunités économiques et d’ouverture internationale.
À l’inverse, elle estime que l’arabe littéraire, dans le contexte tchadien, demeure largement perçu à travers un prisme religieux, ce qui, selon elle, limite son attractivité dans un cadre éducatif national marqué par la diversité culturelle. Elle relève également un décalage entre la revendication d’une arabophonie et la maîtrise effective de la langue dans certains milieux administratifs, pointant des insuffisances qui, selon elle, interrogent la qualité de la formation et les critères de recrutement.
Sans occulter le caractère sensible de ces observations, Mamadjibeye De Nako met en garde contre les effets d’un bilinguisme qu’elle juge mal encadré. Elle appelle ainsi à repenser en profondeur cette politique, en privilégiant la compétence, la qualité de l’enseignement et l’adéquation avec les réalités socio-économiques du pays.
Alors que les autorités défendent une réforme visant à renforcer l’unité nationale et la cohésion, ce débat met en lumière les défis persistants liés à la gestion du pluralisme linguistique au Tchad. Entre ambition politique et attentes sociales, la question du bilinguisme reste plus que jamais au cœur des enjeux éducatifs et institutionnels.



