La récente note circulaire du ministre de l’Éducation nationale rendant l’enseignement de l’arabe obligatoire dès la prochaine rentrée scolaire continue de susciter de vives réactions au sein de l’opinion publique tchadienne. Pour le consultant et analyste Azoudoum Aweina Gédéon, cette décision, loin d’être une nouveauté, agit surtout comme un révélateur des fractures sociales et culturelles qui traversent le pays. Selon lui, les débats passionnés qu’elle engendre traduisent moins une opposition linguistique qu’un malaise plus profond lié au vivre-ensemble.
Dans son analyse, il invite à déplacer le centre de la discussion vers des préoccupations concrètes, notamment la capacité du système éducatif à mettre en œuvre une telle réforme. Il s’interroge sur la disponibilité réelle des enseignants d’arabe, soulignant que même les effectifs actuels peinent à être pleinement intégrés ou maintenus dans les salles de classe. À cela s’ajoute la question des ressources humaines, dans un contexte où une grande partie des enseignants au Tchad ne relève pas de la fonction publique. L’option d’un recrutement massif ou d’une reconversion des enseignants francophones en profils bilingues apparaît, selon lui, peu réaliste à court terme.
L’analyste pointe également une ambiguïté persistante autour de la nature de l’arabe à enseigner, dialectal tchadien ou arabe standard, appelant à clarifier cette dimension avant toute mise en œuvre effective. Pour Azoudoum Aweina Gédéon, la question fondamentale ne réside ni dans la légitimité ni dans la nécessité de la langue arabe, déjà reconnue comme langue nationale, mais bien dans les moyens techniques, humains et financiers permettant son enseignement.
En conclusion, il qualifie la mesure d’« anachronique », estimant qu’elle consacre une obligation déjà implicite depuis des décennies, mais aussi d’« inopérante » et « fantasmatique », dans la mesure où elle ne s’attaque pas aux véritables obstacles structurels. Plaidant pour une réforme en profondeur du système éducatif tchadien, il met en garde contre les décisions symboliques déconnectées des réalités, reprenant à son compte la réflexion de Albert Camus : « mal désigner les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde ».



